Exclu : Les révélations de Thierry Coulomb, (Bricorama, Bricomarché, BricoCash)
14/06/2018  
Thierry Coulomb dit tout. Le président  de l'ITM  Equipement de la Maison sort  de sa réserve comme jamais et nous révèle la stratégie des Mousquetaires côté bricolage et même jardinerie.
Comment vont s'articuler les achats entre Bricorama, Bricomarché, Brico Cash et Arena ?...
Quelles  sont les MDD reprises par les autres enseignes... ?  

Comment le site Bricomarché va devenir une place de (brico) marché... Qui reprendra les magasins Bricorama ?  Sans oublier un bel appel du pied à Mr Bricolage ... suite à une question posée par Paul Cassignol. Interview stratégique avec le numéro 3 du marché !  (
Cette interview  révélée ici en avant-première sera à retrouver dans la prochaine édition du magazine RBJ OFF)

Thierry Coulomb est un homme discret. Le genre à promener son VTT sur les chemins une fois le magasin fermé, à passer inaperçu dans une réunion publique préférant l'action dans l'ombre aux grands discours; alors quand on réussit à le questionner la surprise est assurée car l'homme que l'on croyait timide est en réalité serein et déterminé. Réputé homme de parole, cet ancien banquier  est un adhérent convaincu qui s'engagea dans le tiers-temps dès sa première année au sein du groupement.  Près d'un an après que RBJ ait annoncé  en avant-première le rapprochement  entre Bricomarché et Bricorama, Thierry Coulomb ne nous en veut pas et nous reçoit dans l'un de ses magasins... celui de Gardanne. 
RBJ : Vous vivez avec Bricorama depuis plus de 100 jours : avez-vous eu de mauvaises surprises ?
TH. C : Non, je ne dirais pas qu'il y a des surprises. Disons que nous avons découvert leur fonctionnement. Et inversement. Nous avons d‘ailleurs expliqué aux collaborateurs des différentes entités la stratégie et la vision que nous avons du métier dans le cadre de ce rapprochement. 
RBJ : Comment pilotez-vous ce… trimaran ? 
TH. C : Nous sommes sur une organisation en « râteau » avec le Conseil d'Administration du métier composé du directeur général Philippe Giovanni, mes collègues administrateurs et moi-même qui gouvernons l'ensemble. Puis, il y a un directeur général adjoint, Christian Roubaud, ancien DAF de Bricorama, qui a la responsabilité de la structure Bricorama sur le siège et l'animation de la direction intégrée et de la direction de la franchise. En dessous, nous avons la direction logistique, financière, informatique, marketing ressources humaines, direction opérationnelle et commerciale 
RBJ : Concrètement vous gardez les deux sièges ?
TH. C : Oui, et nous nous y rendons de manière régulière dans le cadre du Conseil d'Administration. Philippe Giovanni et Christian Roubaud ont des réunions hebdomadaires sur Villiers.


RBJ : En termes d’achats, comment s’articule la nouvelle gouvernance?
TH. C : Au niveau de la direction commerciale des enseignes, de l'offre, des achats, c'est Jacky Leclerc qui est responsable de la totalité des services sur Villiers et sur Bondoufle. Il est en charge aussi des responsables des catégories et des acheteurs. Nous avons fait une répartition des fournisseurs avec des acheteurs leaders selon les services. Ils négocient les contrats pour l'ensemble des 3 enseignes. Soit à Villiers, soit à Bondoufle. 
RBJ : Qu’est-ce que cela veut dire pour un fournisseur ?  Qu’il doit repérer l’acheteur leader pour rentrer dans les 3 enseignes ?
TH. C : Non, chaque enseigne construit sa gamme avec appels d’offres etc. Mais il n'y a qu'un seul référent pour le contrat au niveau de la négociation. Par exemple, l'acheteur chargé des produits Fiskars chez Bricorama négociera aussi pour Bricomarché et Brico Cash… Le tout, orchestré par Jacky Leclercq. 
RBJ : Chaque  enseigne construit sa gamme et garde une liberté… On est dans un « ONE ITM » ?
TH. C : Non, pas du tout. Aujourd'hui, l'attente c'est la réponse aux clients. On ne va pas massifier pour massifier comme  vous le dites – en citant Kingfisher je présume. Si on a des fournisseurs en commun, comme je vous l’ai dit, il n'y a qu'un seul acheteur qui a la relation contractuelle et après, dans chacune des enseignes, on construit des gammes par rapport à ce que l'on veut mettre sur le marché et pour répondre à la clientèle de chacune de nos enseignes.
RBJ : La massification est quand même intéressante financièrement…
TH. C : Bien sûr. Nous avons immédiatement regardé les synergies à aller chercher. Nous avons négocié avec 120 fournisseurs communs représentant 60% de la masse d'achats. 
 
RBJ : Dans les 60%, vous avez gagné combien de points ?
TH. C : (sourire) un certain volume en terme de synergie. Ce qui nous permet de financer l'acquisition.
RBJ : Pas tout quand même ?
TH. C : Je pense que le délai est un peu plus long quand même (rires), il n'est pas sur 12 mois, ce serait trop beau, mais plutôt sur un temps de remboursement de 6 à  8 ans globalement.
RBJ : Donc, plus on massifie, plus vite on rembourse ?
TH. C : Il est certain que nous serons attentifs aux synergies dans le cadre d'appels d'offre, ou de constructions de gamme, que cela soit chez Bricorama ou Bricomarché. Par exemple, lorsqu’on voudra refaire la gamme robinetterie, nous ferons une analyse de marché côté client et côté fournisseurs principaux. Si un complément d'offre peut être fait par un autre fournisseur pour satisfaire les aspérités de l'enseigne, on ira le chercher.
" Nous avons faite le choix d'uniformiser  les MDD"

RBJ : 
Quid de l’articulation des MDD des enseignes ?
TH. C : Au niveau de la MDD, vous êtes le premier à le savoir, nous avons fait le choix d'uniformiser et d'avoir des MDD communes pour les deux enseignes.

RBJ : Inventive!!
TH. C : Ce n'est pas chez nous.
RBJ : C'est le même principe, ils veulent la mettre partout, Briconautes et Mr Bricolage.
TH. C : Je ne sais pas… Mais quoi qu'il en soit, en termes de massification d'achats et de construction de gammes, nous pouvons utiliser des marques Bricorama (« Mode de vie ») chez Bricomarché.
RBJ : Sous ce nom-là?
TH. C : Oui, « Mode de Vie » en déco chez Bricorama i qui est plutôt qualitatif remplacerait notre gamme « Perfect Line ».


RBJ : 
Ah carrément ?
TH. C : Oui nous pouvons l’imaginer dans l’autre sens : avec la marque d'outillage électro-portatif McKenzie de Bricomarché qu'on peut retrouver également chez Bricorama. Nous avons décidé de rationnaliser la marque MDD pour nos deux enseignes.
RBJ : A ce propos, en termes d'achat… est-ce que Bricorama profitera de l’Alliance Arena, des promotions et autres premiers prix venant  de cette structure ?
TH. C : Oui, bien sûr. Bricorama devra en bénéficier. Il faut savoir que 40% de nos achats ITM de la Maison passent par ARENA, c'est relativement important. Mais entre les contrats internationaux, l'import et les produits promotionnels, cela pèse dans notre chiffre.
RBJ : Concernant le tableau de bord de votre Projet « Convergence », avez-vous d’autre impératifs de synergies à atteindre?
TH. C : Nous devons aussi travailler les achats non marchands, c'est-à-dire tout ce qui est frais généraux, (EDF, téléphonie, papiers, distribution, presse...).On a tout un tas de vecteurs sur lesquels nous pouvons générer des gains.
RBJ : Comment se passe la cession des magasins aux adhérents. Sur les 105 que vous avez en  portefeuille, combien ont trouvé preneur ? 
TH. C : Nous souhaitons céder 15 à 30 points de vente pour 2018 et le reste se fera sur les années à venir (2019, 2020).
RBJ : Quel est le processus d’attribution, les règles de priorité ?
TH. C : La priorité va à nos adhérents. Nous avons regardé sur une carte la position  des magasins Bricorama, les adhérents Bricomarché/Brico Cash les plus proches et nous en avons contacté 80 pour savoir s'ils se portaient candidats repreneurs et s'ils souhaitaient avoir des informations sur un point de vente. On attend leur retour.

 
RBJ : Êtes-vous candidat ou pas?
TH. C : Je ne me suis pas encore positionné.
RBJ : Est-ce une bonne affaire pour un adhérent de reprendre un Bricorama ?
TH. C : La valorisation doit se faire dans un modèle économique « adhérent » car ils étaient dans un groupe intégré. Cette valorisation doit permettre aux adhérents repreneurs d'acquérir un point de vente leur permettant une rentabilité similaire à celle qu'ils obtiendraient avec un  Bricomarché. Mais l’appréciation du point de vente tient compte aussi de l’état des magasins et des investissements à y faire. Nous devons donc continuer de visiter l'ensemble des points de vente.
RBJ : Qui en a la charge?
TH. C : Ce sont les régions qui s'en chargent. Il a aussi fallu retravailler toutes les études de marché des points de vente à céder.
RBJ : Quelles sont les différences fondamentales entre un Bricorama et un Bricomarché, outre leur statut ?
TH. C : Les approvisionnements et les RFA. Aujourd'hui Bricorama  est livré à 90 % en direct par les fournisseurs et 10% de leur base dédiée essentiellement à un peu d'export et d'import. Alors que, chez Bricomarché, 50 à 60% de nos approvisionnements viennent de nos 4 bases logistiques. Donc les flux ne sont pas du tout les mêmes et le complément de marge via RFA totalement différent aussi. Sans compter que les magasins Bricorama ne la percevaient même pas puisqu’elle s’arrêtait au siège. Demain, la RFA sera toujours captée en amont. Mais, après, une partie redescendra vers les points de vente.

RBJ : Est-ce que Bricorama avait de meilleures conditions que vous sur certains produits ? 
TH. C (sourire):On a eu des surprises, forcément, sur certains dossiers. Oui, ils peuvent avoir de meilleures conditions que nous.
 
"L'amorce de rapprochement entre Kingfisher  et Mr Bricolage avait mis un coup au moral à nos adhérents (...) "



RBJ : 
Les adhérents étaient-ils au courant des négociations en cours pour la reprise de Bricorama ?
TH. C : Pas directement, mais  ils connaissaient tous depuis longtemps notre volonté stratégique d’atteindre les 15 % de parts de marché. Par ailleurs, le rapprochement de Kingfisher et de Mr Bricolage avait mis un coup au moral de nos adhérents, qui nous demandaient de nous bouger. Après, concrètement, la décision de reprendre Bricorama a été prise en comité restreint par la Société des Mousquetaires qui compte 5 administrateurs avec Didier Duhaupand à sa Présidence, 5 administrateurs de métier et moi-même. Quand les adhérents ont été informés, ils étaient surpris, mais heureux !
RBJ : Côté Bricorama, qu’est-ce qui  attend les 2 500 salariés des intégrés ? Et 800 de plus avec les franchisés ? J’imagine que les conditions de travail des uns et des autres ne sont pas les mêmes…
TH. C :Il y a finalement très peu d’écart : la différence se fait surtout au niveau du chèque déjeunerQuand on regarde, globalement, les conditions salariales sont les mêmes. Certes, les salariés de Bricorama ont un ou deux avantages qui sont différents, comme la participation et l’intéressement qui n’existent qu’au cas par cas dans nos magasins aujourd’hui. Nous sommes plutôt, chez Bricomarché, sur des systèmes de prime.
RBJ : Ces avantages seront-ils maintenus ?
TH. C : Je vous rappelle que nous avons un contrat tripartite avec les partenaires sociaux sur une certaine période, un maintien de l'emploi jusqu'en Juin 2020, le maintien des conditions au niveau de l'intéressement et de la participation sur un certain nombre de mois également.
RBJ : Etre repris par des adhérents… les directeurs de Bricorama ne devaient pas être très tranquilles…
TH. C : C’est la raison pour laquelle nous les avons réunis sur le parc de Tréville le 30 Janvier, pour leur expliquer notre stratégie. Nous leur avons montré que le rôle d'un adhérent est différent de celui d'un directeur de magasin. Même si demain nous cédons un point de vente à un adhérent, il aura besoin d'un directeur de magasin sur place. On leur a même expliqué qu'ils avaient la possibilité de franchir le cap et, eux-mêmes, de devenir adhérents et de nous rejoindre en tant que chef d'entreprise pour reprendre un point de vente. 

 
RBJ : Avez-vous eu des candidats ?
TH.C : Oui, une vingtaine en tout. Nous avons tout d’abord fixé des règles de priorités dans les cessions de points de vente Bricorama. La première, on pourra céder un point de vente à un adhérent qui se trouve dans un périmètre d'un Bricorama. La deuxième priorité va à un directeur de magasin. Il pourra reprendre le point de vente dans lequel il exerce aujourd’hui. Puis nous avons réuni plus de 30 collaborateurs  Bricorama le 7 mars à Tréville pour leur expliquer encore plus précisément ce que c’était qu’être adhérent, le parcours, le rôle au sein des métiers. À date, nous avons 22 d’entre eux qui ont décidé d’aller plus loin. C’est important. À nous de les accompagner !
RBJ : Est-ce que ça veut dire que  l’on peut ajouter cette vingtaine  à la liste des repreneurs éventuels d’un Bricorama ?
TH. C :Oui. Ou d’un Brico Cash ou d’un Bricomarché. Ils ne sont pas obligés d’être dans un parcours de reprise Bricorama.
RBJ : Pourriez-vous proposer à ces directeurs de magasin  de choisir le modèle de la franchise ?
TH. C : Pas au périmètre de ces magasins en portefeuille. La franchise est intéressante dans le sens qu’un franchisé apporte un projet Mais le parc intégré que nous avons racheté, nous en faisons profiter nos adhérents. Nous n’allons pas le revendre à des franchisés.
RBJ : Quelle est donc la différence fondamentale entre un franchisé Bricorama et un adhérent?
TH. C :La différence fondamentale, c'est que l'adhérent a des règles et des devoirs auxquels il s'engage vis-à-vis du Groupement Les Mousquetaires. Il partage les valeurs du Groupement, il participe à la vie collective, il est décisionnaire de son avenir dans le cadre du Groupement car il s'investit dans le cadre du « tiers temps » et peut être actionnaire du Groupement. Le franchisé, quant à lui, forcément, « subit » davantage. Il prend un package, paie des prestations qu'il choisit dans un catalogue (4 sur 5, 3 sur 5). Il a l’enseigne, le choix de prendre ou pas les promotions.
"Aujourd'hui,il faut s'ouvrir à d'autres formes de commerce. Il ne faut rien s'interdire !"

RBJ : 
La franchise gérée par un ITM d'adhérents a t-elle un avenir ? Est-ce une opportunité de conjoncture, car après tout il n’y a pas eu à ma connaissance de précédent dans le Groupement Les Mousquetaires?
TH. C :C’est vrai mais le Groupement a vécu 50 années et vivra les 50 autres années à venir. Aujourd'hui, il faut s'ouvrir à d'autres formes de commerce. Il ne faut rien s'interdire. 
RBJ : Quand on est à la tête d’une enseigne aujourd’hui qu'est-ce qui est donc le plus important: l'achat, internet, la vente, le produit..?
TH. C :Le plus important est le client. Or le comportement du client a profondément changé. 70% d’entre eux vont d'abord sur le web avant de venir en magasin.
RBJ : Et concrètement, cela va se traduire par quoi ?
TH.C : Nous sommes en train de refondre notre site e-commerce par exemple. La reprise de Bricorama nous donne l’occasion de remettre à plat notre système informatique et d’information dans le cas du rapprochement. L’idée est d’avoir une relation différenciante avec nos clients. On doit pouvoir apporter aux vendeurs les nouvelles technologies qui permettront de répondre aux attentes du client. Nous voulons qu’ils deviennent des « vendeurs augmentés ».
RBJ : Qu’est-ce qu’un « vendeur augmenté » ?
TH. C :Un « vendeur augmenté », c’est un vendeur qui peut utiliser des outils nouveaux et disposer en permanence de l’information. Il existe sur le marché, par exemple, des start-up qui font de la prédiction, c'est à dire de l'information prédictive en fonction des comportements des clients sur le marché. Ils sont en capacité de dire tel week-end du mois de mai, il se vendra beaucoup de peinture blanche. Si nous avons cette information, nous pouvons dire au vendeur "met en avant le blanc peinture parce que généralement il y a un pic au niveau des achats et tu devrais le mettre en avant".
 
RBJ : Allez-vous faire de vos clients des « clients augmentés » ?
TH.C. Nous allons lui donner la possibilité de communiquer à chaque instant de sa vie de consommateur avec l'ensemble de nos points de vente. Nous devons apporter de la fluidité dans ces relations. Nous devons renforcer le site avec de la vidéo, du tutoriel et construire également une offre complémentaire à celle que l'on peut trouver au niveau du point de vente.
RBJ : Quelle offre complémentaire ?
TH.C: Le web permet soit d'être adossé à des Marketplace, soit à des marchands sectoriels afin d'avoir des offres complémentaires en point de vente et pouvoir les partager sur sa tablette ou son smartphone avec le client. Cela, pour lui faire une proposition par rapport à un aménagement et, derrière, lui faire livrer.
RBJ : Pouvez-vous être plus concret, nous donner un exemple ?
TH.C: Oui par exemple, on devrait avoir un show room sur une partie de la gamme et proposer une multitude de possibilités d’autres constructions grâce aux outils digitaux. Et, je peux faire livrer ce produit complémentaire par le fournisseur ou par l'entrepôt. Après, pour l'outil utilisé, est-ce la Marketplace, l'outil digital du fournisseur ? Je ne saurais vous répondre. Mais, il faut que l'on s'ouvre dessus.
RBJ : Quelle est la feuille de route de ce projet ?
TH.C : Aujourd'hui, nous avons un certain retard par rapport aux leaders qui interviennent sur le marché. C'est là-dessus que nous devons focaliser nos investissements futurs qui vont démarrer à très court terme.


RBJ : 
Comment peut-on réussir une solution web avec des adhérents ? Je veux dire : le web ne risque-t-il pas d’être le concurrent du magasin?
TH. C : La mission du e-commerce est de ramener l'internaute sur le point de vente physique et l'aider à finaliser son projet. Par l'aide de la proximité et le tutoriel sur le web. Il faut inventer le modèle économique de rétribution. Aujourd’hui le magasin est rétribué dès lors que le client est dans sa zone, mais nous devons repenser ce modèle. Bricomarché appartient à ses adhérents dans sa totalité… le modèle de rétribution redescendra aux adhérents d’une manière ou d’une autre !
RBJ :   En termes de concept  de magasin physique, où en êtes-vous de la singularisation par vocation lancée en 2013 ?
TH.C: On en est pratiquement à la moitié du parc. Ce qui fait à peu près 180 points de vente qui ont franchi le cap. Et globalement, d'ici 2 ans, on devrait avoir entre 350 et 380 points de vente qui auront changé de concept.
RBJ : En tant que PCA, avez-vous adopté la singularité par vocation ?
TH. C : Oui, sur Venelle. Et pour le magasin de Gardanne, c’est en cours.
RBJ : Avec 4 ans de recul, quelle est l’efficacité de la singularisation ?
TH. C : Cela représente 9% de croissance en surface constante en 1ère année de mise en place pour un investissement de l’ordre de 115 euros le mètre carré. Ce qui représente  un retour sur investissement en 3 ou 4 ans.
RBJ : Mr Bricolage affiche une réelle ambition en termes de  magasins en formats « City » en zone urbaine, notamment à Paris. Qu’en  pense l’ancien patron du plus petit Bricomarché de France  que vous êtes ? (Ndlr : le premier magasin créé par Thierry Coulomb était un 450 m2 intérieur à Ports-Vendres)
TH. C :(sourire) Bien sûr, nous devons, comme tous les distributeurs, nous focaliser sur les formats urbains. Nous venons d’ailleurs d'ouvrir également deux magasins Bricomarché en urbain, l'un à Marseille et l'autre à Grenoble après ceux de Lille et de Toulouse. La reprise de Bricorama représente une opportunité en la matière, car il y a un vrai savoir-faire urbain avec 60 % des magasins en agglomération de plus de 50 000 habitants. Nous allons donc comparer nos deux concepts et choisir ce qu’il y a de plus performant pour continuer le développement de l'urbain.
RBJ : Est que cela fait partie du projet « Convergence » ?
Th.C : Oui. Et dans ce cadre nous avons demandé à deux directeurs régionaux de Bricorama de prendre en charge l’un le dossier développement urbain, avec notion de concept et de merchandising, et l’autre, les formats hypers.
RBJ : Avez-vous des projets dans les cartons pour des Bricomarché City ?
TH. C : Actuellement nous prospectons sur un développement urbain à Bordeaux, Lyon, Toulouse.
RBJ : Sur quelle taille ?
TH.C. Entre 800 et 1 000 m2
RBJ : Est-ce qu’un format urbain nourrit son homme ? 
TH. C : Un point de vente urbain fait   « manger » un adhérent, comme vous dites, car la notion de prix n'est pas la même et les modèles économiques diffèrent aussi. Il y a des familles dans l'urbain qui sont beaucoup plus fortes et plus génératrices de marges.
RBJ : L’animalerie, par exemple.
TH. C :L'animalerie, la quincaillerie, la droguerie, les plantes à massif. Au-delà de ça, un adhérent peut en avoir plusieurs. On peut très bien vivre avec 3 points de vente qui font un petit chiffre d'affaires. C’est d’ailleurs notre objectif : qu’un même adhérent dirige  plusieurs magasins urbains.
RBJ : Combien de magasins a-t-on le droit d'avoir chez Bricomarché?
TH. C : En règle usuelle, je dirais 5 à 6 magasins, pas plus. On évite la baronnie en général.
RBJ : En termes d’enseigne, Brico Cash fonctionne très bien et on a l’impression qu’il s’en crée tous les jours.
TH. C : Il y en a 28 à date. Et nous en aurons 70 en 2020. Cette année nous allons ouvrir 10avec, pour certains, des transformations de Bricomarché.
RBJ : Comment expliquez-vous le succès de Brico Cash?
TH. C : Nous apportons du discount en proximité…pas sur les zones des Brico Dépôt.
RBJ : Là où il n’y en avait pas donc… Mais côté adhérents, est-ce une enseigne à bonne rentabilité ?
TH.C : À très bonne rentabilité. Aujourd'hui, chez Brico Cash il y a 2 formats: 2 000 et 3 000 m2 avec une base de chiffre d'affaires entre 7 et 10 millions d'euros à peu près, avec des résultats aux alentours de 6 à 7% avant impôts.


RBJ :Et chez Bricomarché ?
TH. C : C'est entre 7,5 et 8%. Mais un Brico Cash délivre deux fois plus de chiffre d’affaires !
RBJ : Est-ce que Brico Cash ne risque pas  de cannibaliser Bricomarché ?
TH. C :Non. Et d’ailleurs si je pouvais faire un Brico Cash, je le ferais à côté, en plus de Bricomarché.
RBJ : Vraiment?
TH. C : Oui, cela fonctionne très bien, comme à Saint-Marcel ou à Neufchâteau. Bien sûr, on adapte l’offre du Bricomarché. Puis on voit très vite que les deux magasins ne s’adressent pas aux mêmes clients. D’un côté les « tenues de chantier », de l’autre plutôt des « bricoleurs ».
" La jardinerie fait partie de nos sujets de réflexion"

RBJ : 
Vous voulez-dire qu’il y a des artisans chez Brico Cash ?
TH. C : Non, la part du pro est relativement infime, environ 10%. Les tenues de chantier sont celles de particuliers porteurs de projets, de bricoleurs lourds…
RBJ : Comment expliquez-vous le succès de'' Screw Fix ''? Que pensez-vous de son arrivée sur le marché français ?
TH. C : Screw Fix a une démarche similaire à Brico Dépôt, mais ouvert 24h sur 24h. Cela a un intérêt sur les grandes agglomérations où il y a des difficultés de circulation. Leur démarche est intéressante à observer, notamment pour l’aspect urbain.
RBJ : Vous pourriez faire un mini-Bricocash ?
TH. C :(sourire) Pour l'instant, le cœur de notre travail est la réussite du projet « Convergence » et d’atteindre nos 15% de parts de marché.
RBJ : Passons côté jardin, certains adhérents en possèdent ? Est-ce une piste à suivre ?
TH. C :Pourquoi pas ? Nous avons un quota très important de ventes jardin chez Bricomarché Plus que dans un Brico Cash par exemple. On pourrait donc imaginer un concept de jardinerie pour pouvoir le proposer  en complément d’un Bricocash.
RBJ : Avez-vous travaillé sur la question, le nom, la couleur? (rires)
TH. C : Non, mais cela fait partie des sujets de réflexion. Nous bénéficions aussi des retours d’expérience de collègues qui ont une jardinerie en face de leur Bricomarché avec un gros parc matériau. (Ndlr Frédéric Sambourg ou Saint Marcel).
RBJ : Parlons un peu de vous. Vous êtes assez discret... Comment êtes-vous devenu adhérent ?
TH.C. En réalité, j’ai débuté dans un tout autre commerce. À la Société Générale, où j’ai passé 20 ans. Vous vous souvenez peut-être des caissiers enfermés dans des cages de verre blindés… ? Je me trouvais dans l'une d'elles. Puis, j'ai passé mes examens, franchi les échelons pour devenir chef d’agence avec un dernier poste à Bergerac en Dordogne.
RBJ : Justement c’est intéressant… comment bascule-t-on dans le commerce de bricolage ?
TH. C : Par un article dans Sud-Ouest intitulé:'' devenez franchisés, soyez chef d'entreprise avec un magasin pour un apport de 40 000 Fà l'époque. Un projet pour le couple ! »   
RBJ : Et c’est tout ? …
TH.C: Cet article a été l’élément déclencheur. Mais bien sûr il y avait un contexte : une vie familiale compliquée par mes heures de travail, mon épouse informaticienne obligée de retrouver un emploi à chacune de mes mutations… Nous en avions assez…
 
QUESTION DU CONCURRENT

Paul Cassignol, Président Mr Bricolage
Paul Cassignol: "Finalement, que contenait la Boite à Outils de Jean Claude Bourrelier ?"(Ndlr. Le président de Mr Bricolage fait référence à l’ouvrage de J-C Bourrelier  titré Ma Boîte à Outils pour la Reprise Éditions Michel Lafond)
Thierry Coulomb:(longue réflexion) Je pense qu'il y a deux outils pour moi : la persévérance et l'humain. À partir du moment où l’on se donne des ambitions, on se donne tous les moyens de les atteindre. Dans toute construction et relation, il ne faut pas oublier l’homme.
QUESTION DU CONCURRENT  
Frédéric Guyot, DG délégué In Vivo Retail
Frédéric Guyot :"Mr Coulomb, en quoi une MSB qui vend des produits d'animalerie apporte-t-elle une valeur ajoutée à ses clients par rapport à l’offre qui existe déjà ?"

Thierry Coulomb : Les jardineries ne se cherchent-elles pas également – avec des niches de marché qui n’étaient pas à l’origine de leur concept. Par exemple avec des produits alimentaires régionaux ?
Bricomarché fêtera l’année prochaine ses 40 ans. Depuis l’origine, dans les fondamentaux de l’enseigne sont inscrits les cinq métiers sous le même toit. C’est notre différenciation des MSB avec un quota jardin et animalerie au-dessus du marché. Pour rappel, 75 % de nos PDV sont implantés dans des zones de moins de 50 000 habitants. Et bien souvent sans jardinerie en proximité. Et l’alimentation animale est un achat récurrent.



QUESTIONs TABOUEs
 
RBJ : Quel est votre plus mauvais souvenir professionnel au périmètre de Bricomarché ?
TH. C :C'est lorsqu' on a loupé, par rapport à Bricorama, le rachat de Gnuva… Mais bon, on les a récupérés. (rires)
RBJ : (rires) Et le meilleur?
TH. C :Le 4 Juillet dernier au soir, la fin de la négociation.
RBJ : Avez-vous eu peur?
TH. C : Cela a été très stressant, car les négociations se sont menées 5 jours et 5 nuits avec Mr Bricolage d'un côté et nous de l'autre. Cela a été un grand soulagement d'avoir gagné quand Christophe Bantquin nous a dit à 10 h du soir : « ça y est, c’est fait, c’est signé… Et c'était le jour de mon anniversaire. Un beau cadeau du coup. » (rires)
RBJ : Quel est le concurrent dont la réputation vous impressionne le plus? Qui vous a épaté?
TH. C : C'est Leroy Merlin, il fait le marché en France et à l'international. Quand on le compare à Home Depot ou Lowe’s, il n’a rien à leur envier.
RBJ : Est-ce que Bricorama existera dans les 10 années à venir? C’est ma question Brico Cash...
TH. C :Aujourd’hui je vous dirais oui, il n’y a pas de raison. Nous travaillons actuellement sur la notion de redéfinition de la marque en fonction du rapprochement entre les deux enseignes. Il y a des forces et des faiblesses, il faut capitaliser les forces et son savoir-faire au niveau de l'urbain ainsi que l'expertise qu'il a acquise. Après, dans dix ans, le monde évolue tellement vite, ainsi que la technologie, que je ne pas prédire.
RBJ : Rêvez-vous d’autres achats ou ralliements ?
TH. C :. Nous aurions tout intérêt à trouver des sujets communs avec Mr Bricolage, car le fait que près des ¾ du marché sont captés par deux grands groupes intégrés fait quele reste revient aux indépendants. Mais si l'on doit construire avec un partenaire comme Mr Bricolage, ca sera plus dans le cadre d'une relation humaine, c’est au périmètre des personnes que cela peut se construire.
RBJ : Il y a quand même des limites à un éventuel rapprochement…
TH. C :La difficulté qu'on aurait avec Mr Bricolage, c’est que nous sommes souvent sur le même territoire.
RBJ : Mr Bricolage pourrait-il être d'ARENA?
TH. C : C'est compliqué au périmètre d'ARENA car la politique est une enseigne par pays. Donc, par exemple, même si les Allemands souhaitaient nous proposer un partenaire allemand, cela sera difficile – à moins qu'il n’y ait un lien capitalistique. Sinon ils ne pourraient pas le faire.
 
 
   
 
Donnez une note : 1  2  3  4  5  
 
 
Soyez le premier à commenter cet article
 
 
Nom
E-mail
Site web
Titre
Entrez ici votre commentaire :
Nous vous rappelons que vous êtes responsable du contenu des commentaires que vous publiez. Votre adresse IP (34.204.191.31) sera archivée.
Saisissez le code suivant :

 
 
   
Les révélations de Thierry Coulomb, (Bricorama, Bricomarché, BricoCash)
14/06/18
Thierry Coulomb dit tout. Le président de l'ITM Equipement de la Maison sort de sa réserve comme jamais et nous révèle pendant plus de 2 heures la stratégie des Mousquetaires côté bricolage et même jardinerie. Comment vont s'articuler les achats, entre Bricorama, Bricomarché, Brico Cash et Arena ?... Quelles sont les MDD reprises par les autres enseignes... Comment le site Bricomarché va-t-il devenir une place de (brico) marché... Qui reprendra les magasins Bricorama ? Sans oublier un bel appel du pied à Mr Bricolage ... suite à une question posée par Paul Cassignol. Stratégique ! (interview parue dans RBJ OFF-juillet 2018)
 

 

 

Nomination : Benoit A. devient monsieur U
23/09/19
Responsable des achats jouets, brico, jardin et autres papèterie, Benoît Auret change de poste et devient responsable du développement de la marque U et de sa qualité pour les produits non alimentaires et non textile.
Kingfisher : Laury, c'est fini, 15 magasins vont fermer
20/03/19
La patronne de Kingfisher sera remplacée suite à l'annonce des résultats 2018, lesquels évoquent la fermeture de 15 magasins probablement en France. Comité central en cours...
Castorama : - 7,1 % en 2018
20/03/19
Les résultats de Kingfisher dévoilent une année très dure pour caste avec un recul de 7,1 % de ses ventes et de plus de 35 % de ses profits. Un résultat qui plombe Kingfisher
RBJ revient et ZEPROS HABITAT arrive
17/02/19
Nouveau venu dans la presse pro bricolage, déco et jardin : Zepros Habitat avec plus de 40 000 exemplaires gratuits distribués en points de vente ... un lancement en partenariat avec RBJ de retour !
Damien Deleplanque honoré par ses pairs
27/02/18
Le patron mythique d’Adeo recevra le Global DIY Award Lifetime 2018, prix décerné par les associations européennes de distributeurs et fabricants.
Weber France nomme Meriem Dussart directrice marketing
27/02/18
Elle s’appelle Meriem Dussart et remplace à ce poste Joaquim Correia qui passe chez PlacoPlâtre.
 
 Contacts et communication 
 Mentions légales 
 

Copyright © Rayons Brico Jardin 2019- Tous droits réservés

 
 
 

 

X

Demande d'accès pour modifier ma fiche

Nom * Prénom * E-mail (login) * Mot de passe * Téléphone * Point de vente ou centrale concernée *

Valider